Les Ford Falcon au Rallye de Monte Carlo, 1963-1964

ford-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-0.jpgLa participation des compactes Falcon au Rallye de Monte Carlo en 1963 et 1964 marque le début de l’offensive de Ford sur les champs d’opérations européens, avant l’arrivée des Mustang et des GT40. (Texte Claude Lefebvre, photos FoMoCo, article paru dans Nitro 196 de février-mars 2002)

ford-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-1.jpg

Pour l’édition 63 du rallye, Ford n’engage que trois voitures, qui partent toutes les trois de Monte Carlo. Au volant de la Falcon Sprint n° 223, Jobb et Jarman s’apprêtent à prendre le départ. Notez le phare de recherche sur le toit, le phare central, la fixation du triangle de remorquage boulonnée sur le pare-chocs avant.

ford-falcon-rallye-monte carlo-1963-1964-7

RMC 1963. Menée par Bo Ljungfeldt et son co-pilote Gunnar Haggbom, la Falcon n° 221 fonce au milieu des montagnes enneigées grâce à l’expérience sur la glace de son pilote, et à ses pneus fabriqués spécialement en Finlande et garnis chacun de 672 clous. Elle se classera 43e au général en 1963 malgré ses victoires en spéciales.

Le début des années 60 revêt une importance particulière dans l’histoire de Ford. Après les excès stylistiques de la fin de la décennie précédente, l’intérêt du public se déplace vers les voitures économiques, de taille plus réduite que les énormes full-size habituelles. Ford se met au vent portant et lance en 1960, parallèlement aux autres grands constructeurs, sa propre voiture compacte, la 6 cylindres Falcon (déclinée chez Mercury sous le nom de Comet). Autre fait marquant, en 1962, le groupe, sous l’influence d’Henry Ford II, décide de dénoncer l’accord de non-participation directe des usines aux compétitions, passé en 1957 entre les trois grands de Detroit. La quasi-coïncidence de ces deux événements amène très rapidement le département Course du groupe à entreprendre une offensive en règle sur les théâtres d’opérations européens. C’est aussi à cette époque que le bouillant Lee Iacocca devient PDG de la division Ford. Le nouveau slogan de la marque annonce la couleur : « Total Performance ».

ford-falcon-rallye-monte carlo-1963-1964-2

En 1964, la présence Ford au Rallye de Monte Carlo est forte de huit voitures, dont trois partent de Paris et cinq d’Oslo. Les essais ont lieu en décembre 1963 dans les Alpes

ford-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-3.jpg

Lors des reconnaissances dans les Alpes, les pilotes s’attendent à ce que le rallye 1964 se déroule dans des conditions météo catastrophiques, comme l’année précédente. En fait, le temps sera plutôt clément.

Début 62, les nombreuses victoires des Cobra de Carroll Shelby face aux Corvette amènent Ford à précipiter son programme Indianapolis, qui démarre en juin de la même année. Dans le même temps, l’agence publicitaire de Ford, J. Walter Thompson, suggère que la marque inscrive des Falcon à des rallyes d’endurance. Le rallye de Monte Carlo édition 1963 est immédiatement en ligne de mire pour le baptême du feu de ces Falcon. Le prestige de ce rallye mythique et spectaculaire, auquel prennent part les équipes d’usine des constructeurs européens, est bien connu des Américains. La marque espère d’excellentes retombées commerciales, puisque la participation au rallye coïncidera avec le lancement en janvier 63 des nouvelles Falcon à moteur V8, millésimées 63 1/2.

ford-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-4.jpg

Graham Hill (à droite) et son copilote Ian Walker en train d’étudier le parcours sur le capot de leur Falcon, en 1964. Ils partiront de Paris et auront de nombreux problèmes de suspension.

ord-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-5.jpg

Pour le team Ford, les Saab sont les concurrents à abattre. Au cours des reconnaissances du Monte Carlo 64, les Américains facétieux plagient les inscriptions « US go home » qui fleurissent alors en France et peignent sur un mur l’inscription : « Autoroute Ford Falcon, Saab rentrez chez vous ».

L’offensive américaine commence en 1962 avec la participation des Galaxie préparées par Holman & Moody à des épreuves britanniques sur circuit. Equipées des nouveaux V8 Ford légers et performants, ces voitures sont la tête de pont du programme compétition de la marque pour le continent européen. George Merwin, un des trois responsables chez Ford du département des véhicules spéciaux, s’occupe de faire homologuer les Falcon par la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile) pour le Monte Carlo. Il est aussi chargé de recruter les membres du team. Mais la plupart des pilotes intéressants sont déjà sous contrat, et les voitures n’ont jamais été testées sur des parcours étroits et montagneux comme ceux du rallye. Pourtant, en très peu de temps, Merwin engage le britannique Jeff Uren comme team manager. Uren choisit un équipage féminin composé des Anglaises Anne Hall et Margret MacKenzie, il engage l’Anglais Peter Jobb et l’Américain Trant Jarman pour la seconde auto. Pour la troisième voiture, le champion suédois de course sur glace Bo Ljungfeldt est détourné de sa tâche de pilote d’usine de Ford Cortina, tandis que son compatriote Gunnar Haggbom, déjà auréolé d’une victoire sur Saab lors de l’édition précédente du rallye, devient son co-pilote. L’expérience des pilotes suédois en matière de conduite sur glace va se révéler décisive.

ford-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-6.jpg

Seul équipage féminin du team Ford au Rallye 64, Annie Hall et Denise McCluggage reçoivent les encouragements du public lors de leur départ de Paris. Elles se placeront premières dans la catégorie des plus de 2500 cm3.

ford-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-8

En pleine course, une des huit Falcon Sprint du team Ford atteint le sommet du col Turini avant de redescendre en direction de Sospel, lors de l’épreuve de 64.

Les voitures sont préparées à Charlotte (Caroline du Nord), chez Holman & Moody, déjà responsables des Ford qui courent en Nascar. Il s’agit de coupés hard top Falcon Sprint dotés de V8 hi-perf de 260 ci (4,3 litres) à un carbu 4 corps, et de boîtes manuelles 4 vitesses. Grâce aux modifications identiques à celles des moteurs des Cobra, leur puissance passe de 164 à 260 ch. Les voitures reçoivent des freins avant à disques, et des modifications de chassis telles que des bras de direction renforcés, une lame de ressort supplémentaire à l’arrière droit, des amortisseurs Koni et un pont de Galaxie à glissement limité d’un rapport de 4,51 à 1. Pendant ce temps, des essais et des reconnaissances ont lieu dans les Alpes avec trois mulets, après quoi quelques modifications sont apportées aux voitures de course. Celles-ci sont maintenant arrivées à leur QG européen, les ateliers d’Alan Mann, en Grande-Bretagne. Ljungfedt fait fabriquer en Finlande des pneus spéciaux équipés de 600 clous en tungstène, qui lui permettent d’être aussi rapide sur la glace que les autres écuries sur sol sec. On installe sur les voitures de course une paire d’anti-brouillard, ainsi que deux longue-portée, l’un au milieu de la calandre, l’autre, orientable par le co-pilote, en plein sur le toit. Les équipages emportent une multitude de pièces détachées, arrimées sur la banquette arrière.

ford-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-9

Massif des Alpes, col du Turini, édition 64 du Rallye de Monte Carlo. Loin de se sentir concerné par les panneaux « verglas » et « « chaînes obligatoires », Bo Ljungfeldt attaque un croisement en travers sur ses pneus à clous.

Les concurrents du Rallye de Monte Carlo 1963 peuvent choisir entre huit points de départ, situés à Paris, Varsovie, Athènes, Glasgow, Stockholm, Lisbonne, Francfort et… Monte Carlo, le point de ralliement pour le tronc commun se situant à Chambéry. Les Falcon partiront de Monte Carlo, afin d’utiliser au maximum le nom de cette ville dans la campagne de pub ultérieure. Le rallye démarre par une belle journée ensoleillée, mais les choses se gâtent rapidement, avec des chutes de neige ininterrompues. Les concurrents partis de Monte Carlo se retrouvent bloqués près de Lodève par une congère. Grâce à ses pneus à clous, Ljungfedt parvient à passer, suivi de Jopp. Il arrivent au point de contrôle avec des pénalités de retard, Ljungfedt ayant perdu du temps en réparant son embrayage. Anne Hall, totalement en dehors des délais, est éliminée. Ljungfedt remporte haut la main les six spéciales ayant lieu entre Chambéry et Monaco, malgré le système de handicap pénalisant son gros moteur. Au classement général, Jopp et Jarman sont 35e (mais premiers de la catégorie des plus de 3 litres), Ljungfedt et Haggbom 43e. A la première place, la Saab d’Erik Clarsson pour la deuxième année consécutive, suivie par une DS 19, une Mini et deux autres DS 19. Mais les Falcon se sont avérées les plus rapides du rallye. Après celui-ci, la voiture de Hall est confiée à Ford France, qui la met entre les mains d’Henri Greder et Martial Delalande. Ils la conduiront dans plusieurs épreuves européennes, remportant le Rallye des Tulipes, aux Pays-Bas.

ord-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-10

Bo Ljungfledt et son co-pilote Fergus Sager prenant un virage à la corde en pleine montagne avec la Falcon n° 49, lors du Rallye 64. Bo raflera la plupart des spéciales mais sera handicapé par un nouveau règlement favorisant les petites voitures.

Après cette encourageante entrée en matière, le team Ford vise maintenant la victoire au classement général du Rallye de Monte Carlo 1964. Les Falcon 64 possèdent les mêmes coques que l’année précédente, relookées grâce à des formes plus carrées, un masque avant plus moderne, et sur les flancs une longue échancrure en forme de flèche. Les voitures homologuées sont des modèles Sprint, avec des éléments de carrosserie en fibre de verre et de nouveaux moteurs 289 ci (4,7 litres) à deux carbus quatre corps, développant 305 ch. Le britannique Alan Mann est le fer de lance de Ford USA dans les rallyes européens, manageant pas moins de huit voitures sur tous les fronts. Les organisateurs du rallye, eux, voient d’un mauvais œil la possibilité d’une victoire américaine à Monte Carlo, et modifient le règlement de façon à favoriser les voitures de petite cylindrée.

ford-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-11

L’arrivée à Monte Carlo et la dernière épreuve du Rallye 1964 ont lieu par temps sec. Expertement préparées à Detroit chez Holman & Moody, les nouvelles Falcon Sprint sont à l’aise sur le sec comme sur la neige.

Mais Ford ne se laisse pas démoraliser, inscrivant pas moins de 8 voitures à l’épreuve 1964. Accompagnés par 7 vans Econoline d’assistance équipés de V8 427 ci, les équipages partiront de plusieurs villes d’Europe, plutôt que de tourner dans les Alpes autour de la principauté. Neuf points de départ sont prévus. Oslo remplace Stockholm, et Minsk (Biélorussie) est ajouté à la liste. Ljungfeldt et Sager, Lundberg et Rehnfeldt, Greder et Delalande, Schlesser et Leguézac partiront d’Oslo. De Paris s’élanceront Annie Hall et Denise McCluggage, Jopp et Bertaut, Graham Hill et Ian Walker, Harper et Sprinzel. Le mois de décembre 63 est consacré aux reconnaissances. Un peu avant le jour du départ, Merwin apprend que Chrysler a inscrit trois Valiant en GT, une catégorie où ces voitures ont peu de concurrents directs. Il fait aussitôt déplacer dans cette catégorie les Falcon de Hall et McCluggage et de Jopp et Bertaut.

ford-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-12

Ljungfeldt en pleine action dans les rues de Monaco. Tout au long du parcours, le public, plutôt habitué aux petites voitures européennes, a du être impressionné par le bruit des américaines.

Pour cette édition, les 3000 premiers kilomètres sont parcourus par temps sec, sans encombre. A partir de Reims, les choses deviennent sérieuses. Graham Hill est ralenti par des problèmes de suspension. Ljungfeldt remporte quatre des cinq spéciales, se classant ex-aequo dans la cinquième avec la Mini de Paddy Hopkirk. Lors de l’épreuve du circuit du Grand Prix de Monaco clôturant le rallye, il enregistre le meilleur temps, battant Hopkirk de 34 secondes. Mais c’est celui-ci qui se place premier au classement général, Ljungfeldt étant classé second à cause du système de handicaps. La Saab de Carlsson finit troisième, suivie de la Mini de Timo Makinen et de la Saab de Pat Moss. Quand aux équipages Hall et McCluggage et Jopp et Bertaut, ils surclassent les Valiant en remportant les deux premières places de la catégorie des GT de plus de 2,5 litres.

ford-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-13

Bo Ljungfeldt dévale les rues de la principauté vers la deuxième place au classement général.

Estimant que la manipulation des coefficients lui a été préjudiciable à dessein, Ford décide de ne plus participer au Rallye de Monte Carlo. La promesse des organisateurs de réviser le système de handicaps pour l’édition prochaine n’y fera rien. De toute façon, les succès des Falcon en course en Europe n’empêchent pas le modèle de mal se vendre aux Etats-Unis : de 493.000 ventes en 1961, la Falcon tombe à 358.000 pour 62 avant de chuter à 281.000 en 64 malgré le lancement de la version Sprint à moteur V8. Le département Course de la marque, lui, planche déjà sur les versions sportives de la nouvelle voiture que Ford va lancer à mi-64 : la Mustang ! Une autre aventure est sur le point de commencer.

ford-falcon-rallye-monte-carlo-1963-1964-14

Dans la dernière spéciale se déroulant en pleine Principauté sur le circuit du Grand Prix de Monaco, Bo Ljungfeldt signe le meilleur temps en 5’50.5 contre 6’24 à Paddy Hopkirk sur Mini. Mais celui-ci l’emporte au classement général, avantagé par le système de handicaps.

Les commentaires sont fermés.