Les astronautes préfèrent la Corvette

Le 5 mai 1961, Alan Shepard devenait le premier Américain à naviguer dans l’espace. Revenu sur la Terre, Shepard se glissait au volant d’une Chevrolet Corvette. Depuis, la mythique sportive et les astronautes n’ont pas cessé de se croiser.

Les astronautes d'Apollo 12, Charles « Pete » Conrad Jr., Richard Francis Gordon Jr. et Alan LaVern Bean, avec leurs trois Stingray 69 identiques. Les coupés possèdent des big blocks 427 de 390 ch et une peinture Riverside Gold à motifs noirs dessinée par Bean. (Photo Ralph Morse / Time & Life Pictures / Getty Images).

Le 7 mai 2011, les quelque trente astronautes américains toujours en vie se sont retrouvés à Cocoa Beach (Floride), pour participer à un défilé commémorant le 50e anniversaire du vol orbital historique de Shepard. Naturellement, ils se sont déplacés à bord de Chevrolet Corvette, illustrant chacune des six générations lancées depuis la présentation du modèle en 1953. « Chaque astronaute roulait dans une Corvette de l’époque de sa mission, » explique John T.R. Dillon III, l’organisateur de la parade.
Dillon, ingénieur sécurité au Centre spatial Kennedy, possède lui aussi une Corvette et est l’un des membres du Cape Kennedy Corvette Club, qui a compté quatre astronautes au sein de ses membres fondateurs dès sa création en 1967. « Tous les astronautes étaient alors des pilotes d’essai. Ils pilotaient des avions qui allaient vite, et pour rouler, ils sont passés à des voitures qui allaient vite elles aussi, en appréciant beaucoup leur tenue de route, leurs accélérations et tout ce qui allait avec, » se souvient Dillon. Shepard est arrivé au Programme d’entraînement spatial en avril 1959 à bord de sa Corvette 57… Au cours de sa vie, il aurait possédé au moins 10 Corvette. Sa passion des voitures de sport était partagée par plusieurs autres jeunes hommes aventureux et passionnés qui s’entraînaient à ses côtés et allaient devenir les premiers astronautes américains.

Astronautes fans de Corvette

Alan Shepard (au centre), en compagnie de Bill Mitchell (à gauche), président du Design GM, et Ed Cole (à droite), PDG de la GM, avec la Corvette 62 offerte à Shepard. (photo GM)

Peu de temps après le vol historique de Shepard, Edward N. Cole, président de la GM, lui offrit une Corvette 62 neuve, de couleur blanche, avec un intérieur customisé par les designers du groupe sur le thème de l’ère spatiale. Comme GM n’avait pas l’habitude d’offrir des voitures, le rapport entre la Corvette et les astronautes aurait pu passer inaperçu sans la présence de Jim Rathmann, concessionnaire Chevrolet de Floride.

UNE RELATION SPECIALE
Après avoir remporté les 500 Miles d’Indianapolis en 1960 comme pilote professionnel, Rathmann avait ouvert en 1961 une concession Chevrolet-Cadillac à Melbourne (Floride), près du centre spatial. Se doutant que la plupart des astronautes étaient des amateurs de Corvette, Rathmann avait négocié pour eux avec Chevrolet un contrat de location-vente spécifique. Six des astronautes du vol Mercury allaient se laisser tenter par l’offre de Rathmann. John Glenn, plutôt bon père de famille, préférait un break Chevrolet, qui fut vraiment le bienvenu le jour où les sept astronautes durent se déplacer ensemble.
Au cours d’une interview en 1998, Rathmann a expliqué : « Al Shepard avait la course dans le sang… il voulait toujours être le type le plus rapide. » Un instinct partagé par un autre astronaute du vol Mercury, Virgil «Gus» Grissom. Les duels auxquels Shepard et Grissom se livraient sur la route avec leurs Corvette big block sont légendaires. Pour avoir une longueur d’avance, Grissom avait fait préparer le moteur de sa dernière Corvette, un cabrio 67, et lui avait monté des pneus de course extra larges.

Astonautes fans de Corvette

Laura Shepard Churchkey, fille du premier homme de l’espace américain, mène la parade commémorant le 50e anniversaire du vol historique de son père Alan Shepard. (photo Phelan Ebenhack pour Chevrolet)

BIG BLOCKS
Quand les astronautes d’Apollo 12, Dick Gordon, Charles Conrad et Alan Bean commandèrent leur Corvette 69 chez Rathmann, ils demandèrent que tous ces coupés Stingray soient équipés du moteur 427 de 390 ch et qu’ils reçoivent une peinture Riverside Gold rehaussée de décos noires selon un dessin de Bean. Un insigne rouge blanc bleu spécial était ajouté sur les ailes avant. Les administrateurs de la Nasa s’irritèrent de la parution dans le magazine Life d’une photo montrant les astronautes dans leurs combinaisons Apollo 12 posant avec leurs Corvette assorties, car elle aurait pu laisser entendre qu’il y avait un accord commercial avec la firme.
Pourtant, une autre photo d’un trio d’astronautes avec leurs Corvette allait encore paraître dans Life en juin 1971. Jim Irwin, Al Worden et Dave Scott, les membres de la mission lunaire Apollo 15, avaient été photographiés avec leurs Corvette et un prototype d’entraînement du Lunar Rover électrique qu’ils allaient emmener sur la Lune. Le buggy lunaire, comme ils l’avaient surnommé, utilisait un système de propulsion construit par General Motors. Les Corvette de l’équipage d’Apollo 15 étaient chacune d’une couleur différente : rouge, blanc et bleu. Sur chaque voiture, des bandes racing rappelaient les couleurs du drapeau américain.

Astronautes fans de Corvette

L’astronaute Sam Durrance autographe le cache-bobines de la Corvette 2006 d’un participant à la parade qui a eu lieu le 7 mai 2011 à Cocoa Beach (Floride) pour commémorer le vol spatial historique d’Alan Shepard 50 ans plus tôt. (photo Phelan Ebenhack pour Chevrolet)

LES HEROS DE L’AMERIQUE
L’union durable avec les astronautes américains a beaucoup contribué à la légende de la Corvette. « Dans les années 60, les astronautes étaient les héros de l’Amérique, idolâtrés pour tous les enfants, respectés par tous les adultes, » rappelle Jerry Burton, historien de la Corvette et ancien rédacteur en chef de Corvette Quarterly. « Que tant d’entre eux aient roulé en Corvette a beaucoup fait pour qu’elle devienne la voiture de sport américaine de référence ».
Paru en 1979, le best-seller de Tom Wolfe, L’Etoffe des Héros, raconte les débuts du programme spatial américain. Le succès du livre réveilla à l’époque l’intérêt pour les premiers héros de l’espace de la mission Mercury 7, et leurs aventures en Corvette. « Avant cela, les histoires d’astronautes et de Corvette relevaient un peu du folklore… On doit remercier Tom Wolfe, grâce qui la Corvette fait maintenant totalement partie de la légende des pionniers de l’astronautique, » assure Burton.

TOUJOURS AUJOURD’HUI
Cette relation est encore présente aujourd’hui. Le film Apollo 13 de 1995 met en scène deux Corvette d’époque, dont l’une est utilisée dans une scène importante où Tom Hanks interprète l’astronaute Jim Lovell. Le film Star Trek XI de 2009 commence en l’année 2245 par une scène où James T. Kirk, âgé de 12 ans, conduit une Sting Ray 65 vieille de 280 ans…

Ces histoires ont enraciné la légende : les astronautes ont possédé plus de Corvette que n’importe quel autre voiture. Cela fait probablement partie des choses que l’on retiendra de la première décennie du programme spatial américain : les astronautes se sont fait plaisir au volant de la sportive américaine plus qu’au volant de n’importe quelle autre voiture.
Pour plus d’informations sur les premières années grisantes du Cap Canaveral, il faut lire la biographie de Wally Schirra, Schirra’s Space. Et pour plus d’infos sur la relation historique entre les astronautes et la Corvette, on peut se référer aux articles parus dans Corvette Quarterly entre 1989 et 2006.

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