1957-1979 : le Ford Ranchero, tout d’un coupé, tout d’un pick-up

nitro-nitromag-ranchero-story-uneLe Ranchero fut lancé en 1957 alors que la lutte faisait rage entre Ford et Chevrolet pour la place de premier constructeur américain. De 1957 à 1979, toutes les générations de Ranchero vues par la pub. (Texte Bill Mc Bride, légendes Claude Lefebvre, documents www.archivesofadvertising.com. Complément à l’article « Truck de muscle » paru dans Nitro 234 de juin-juillet 2008)

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Ciblant plusieurs clientèles à la fois, Ford lance le Ranchero en passant des publicités double page dans plusieurs supports. Ainsi cette annonce parue dans le numéro de février 1957 du Farm Journal avec en arrière plan un silo et une villa ultra-moderne et un chargement agricole dans la benne, est-elle publiée au même moment dans Life avec un décor d’aéroport moderne et un chargement de bagages.

Bien avant que Ford ne crée le Ranchero en 1957, il existait déjà des véhicules combinant le confort d’une voiture et l’utilité d’un pick-up léger existait. Ford avait proposé un Modèle A en versions pick-up et roadster pick-up de 1928 à 1931. Pendant les années 30, d’autres marques avaient lancé des véhicules combinant un avant de voiture de tourisme et une benne d’utilitaire. Mais pendant les années 50, le styling pris le pas sur le côté pratique, le chrome et les peintures trois tons supplantèrent la charge utile et les hayons dans les priorités de la clientèle. Si vous vouliez charrier du fumier, vous achetiez un pick-up. Si vous voulez trimballer vos conquêtes féminines, vous achetiez un coupé à moteur V8…
Le Ranchero eut d’entrée un grand succès parce que Ford battit sur la brèche son rival Chevrolet à une époque où les lignes de front étaient très nettement déterminées. Ford avait lancé les dés en 1949 avec un design qui sauva la compagnie. Chevrolet répondit en 1953 avec la première Corvette. Ford répliqua avec la Thunderbird 1955. Chevrolet lança son premier V8 la même année. Lors de l’entrée dans l’année-modèle 1957 en octobre 1956, les deux compétiteurs étaient quasiment ex-aequo.

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La compacte Falcon, lancée pour l’année-modèle 1960, sert immédiatement de base à un Ranchero nouvelle génération à structure monocoque et benne courte et empattement de 109,5 pouces. Il durera jusqu’en 1965 avec des remaniements mineurs, tandis que Chevrolet abandonne pendant la construction de son El Camino pendant trois longs millésimes. Cette publicité pour les modèles 61 est parue dans le magazine Life du 30 octobre 1960.
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En 1966, une nouvelle génération de Ranchero voit le jour, construite sur l’empattement de 113 pouces des station-wagons Falcon et Fairlane. Le dessin de la custode et de la lunette arrière gagne en élégance, la benne est rallongée. Cette annonce est passée dans Sunset en août 1966.

Chevrolet frappa le premier avec un V8 de 283 ci qui devint légendaire du jour au lendemain. La réponse de Ford fut un 312 ci à compresseur. Equipé de l’injection optionnelle, le moteur Chevy atteignait la puissance magique de 1 cheval par cubic inch que les ingénieurs recherchaient depuis des décennies. Mais le 312 ci à compresseur était encore plus puissant, même si les ingénieurs de chez Ford ne s’en vantaient pas outre mesure. Chevrolet inaugura le très stylé break deux portes Nomad, auquel Ford répliqua par la Skyliner au toit rétractable. Avec son arrière incliné et ses nervures de toit, le Nomad établit le standard du genre auprès des fans de station-wagons. La Skyliner, elle, repliait son toit dans son coffre en une mise en scène de théâtre de rue comme on n’en avait pas vu depuis que le singe du joueur d’orgue de barbarie avait volé la banane du chapeau de Carmen Miranda. On s’avançait dans l’année 1957, et la lutte ne prenait toujours pas un tour décisif.
Le KO survint en février avec l’apparition du Ranchero dans les showrooms des concessionnaires et dans les publicités parues dans la presse. Le styling des Ford de tourisme combiné à l’aspect utilitaire des pick-ups Ford était une combinaison gagnante qui eut un effet immédiat sur les ventes. Celles-ci étaient alors à égalité entre les deux constructeurs. Pour Ford, qui était traditionnellement à la traîne derrière Chevrolet au Grand Prix des Services Comptabilité, cela fut une victoire indiscutable. Chevy ne répondit au Ranchero qu’en 1959 avec son El Camino full size, alors que Ford avait déjà décidé d’apposer le badge Ranchero sur un pick-up dérivé de sa compacte Falcon.

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En 1968, les Ranchero reçoivent le restyling dont bénéficient les Fairlane sur lesquelles ils sont basés. Nous sommes déjà dans l’ère des muscle cars, et le 390 ci des Ranchero GT est poussé en option jusqu’à 325 cv : une belle cavalerie pour une camionnette de maçon (annonce parue dans le numéro de juin 1968 du magazine Motor Trend).

A tout prendre, le Ranchero fut davantage un concept qu’un véhicule avec une réelle continuité. Les trois premières années, il était basé sur la Ford full size. De 1960 à 1965, il était construit à partir de la Falcon. Et de 1966 à 1979, année du dernier Ranchero, il utilisait la plateforme Fairlane/Torino. Le Ranchero se positionnait sur plusieurs segments de marché : celui du pick-up économique et facile à entretenir, celui de la performance avec les modèles GT à moteurs Thunderbird, et celui de la voiture luxueuse avec des intérieurs en faux bois et une benne à l’arrière juste au cas où.

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La génération 1970-1976 est surnommée Torino, car c’est sur la plateforme l’empattement de 114 pouces de ce modèle, successeur de la Fairlane, que le coupé-pick-up est maintenant construit, avec un empattement de 114 pouces. Le modèle 1972 est entièrement relooké, avec un profil en bouteille de Coca et un avant vorace, comme on peut le voir dans cette publicité parue en 1971 dans Hot Rod Magazine.

Le Ranchero passa du poids moyen au poids plume, puis au sérieux body building, mais son principe demeura constant : le styling d’une voiture, la praticité d’une camionnette. Ford le fabriqua sans interruption de 1957 à 1979. Chevrolet testa l’idée en 1959 et 1960, puis l’abandonna avant de relancer l’El Camino pour 1964.
Pour résumer, le Ranchero, sous toutes ses formes, était une façon amusante d’aller au centre commercial, au match de polo, au dragstrip ou au bal du samedi soir en se sentant à l’aise partout.

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Pour sa dernière ligne droite, le Ranchero est redessiné en 1977. La Torino ayant disparu, il est basé sur le break Mercury Montego, avec un avant massif ressemblant à ceux de la Ford Elite et de la Thunderbird. La publicité pour ce modèle 78 en version GT est parue dans le numéro du 1er janvier 1968 de Sports Illustrated. A la fin de l’année suivante, Ford supprime le Ranchero de son catalogue. Le Chevrolet El Camino, lui, basé depuis 1978 sur l’intermédiaire Malibu, durera jusqu’en 1987 : une tardive mais belle revanche.