Le rod Citroën C4 de Gilles Carrié : construction

citroen-C4-gilles-carrié-rod-00-voiture finieGilles Carrié, de Carpentras, est tombé dans le custom au début des années 80. Après une période van et une période Cox, il a attaqué ce rod Citroën C4 au traitement moderne. Carrosserie fantôme, V8 Chevrolet, suspension avant indépendante, look lisse, finition impeccable : il n’a pas fait les choses à moitié. (texte Claude Lefebvre, photo d’ouverture Alain Sauquet, photos de construction Gilles Carrié, supplément à l’article Cure de Jouvence paru dans Nitro 228 de juin-juillet 2007)

citroen-C4-gilles-carrié-rod-01-epaveEn août 1996, Gilles récupère gratuitement chez un paysan des environs de Carpentras cette berline 6 glaces Citroën C4 de 1929. Elle est dans un champ, quasiment enterrée jusqu’à mi-moyeu, avec un arbre au milieu du plancher et du toit. Evidemment, tout le monde le prend pour un fou et lui demande ce qu’il va bien pouvoir en faire. La plupart des rodders partant sur une base d’époque rencontrent ce type de réaction, qui a généralement pour effet de les conforter dans leur projet. Gilles démarre les travaux aussitôt, pensant y consacrer deux ans. Douce illusion : ingénieur commercial à France Télécom, Gilles est un perfectionniste qui fait tout lui-même, et il lui en faudra sept ! « Mais quel plaisir ! » déclare-t-il aujourd’hui.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-02-dessin avcitroen-C4-gilles-carrié-rod-03-dessin arSouvent, un projet rod prend en cours de route une direction différente de l’intention originale. Chez Gilles, pas du tout : la voiture finie est très proche de ces deux dessins réalisés avant le début des travaux. Passage en deux portes, léger top-chop, pare-chocs d’origine légèrement modifiés, roues modernes, pièces en alu usiné, couleur orange Bic, tout y est déjà. (croquis Kefle Designs)

citroen-C4-gilles-carrié-rod-04-05-chassisAprès avoir croupi dans la boue pendant des décennies, le chassis d’origine est bien trop croustille pour être conservé, mais il constitue un excellent point de référence pour prendre des cotes. Gilles refabrique à l’identique un chassis en tôle de 3 mm, et le caissonne. Si les barres transversales avant et arrière sont quasi stock, les traverses, elles, sont fabriquées à la mesure pour accueillir moteur, boîte et train avant.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-06-moteurVoilà un chassis neuf, caissonné et croisillonné, capable de supporter les performances d’un rod moderne.

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Le train avant à doubles triangles superposés a été conçu, dessiné et fabriqué par Gilles, qui a utilisé des formules pour voitures de course. Il est réglable en chasse et en carrossage. Les porte-fusée et les disques à double piston viennent d’une Opel Manta première génération.
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La C4 n’a jamais été produite par Citroën en version berline deux portes : si on en veut une, il faut la fabriquer soi-même. Gilles achète à un collectionneur une épave de boulangère 4 glaces, dont il utilise les morceaux arrière pour fabriquer la carrosserie qu’il a choisie.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-09-montageLes flancs de la C4 sont un vrai puzzle. Tous les éléments visibles ici proviennent de la 6 glaces. En partant de l’avant et de droite à gauche, nous avons dans l’ordre : le tablier, la porte avant d’origine coupée en deux qui va recevoir une tranche verticale pour la rallonger, le pied milieu d’origine déplacé vers l’arrière, puis un morceau de porte arrière de la 6 glaces, une béance qui va être comblée par un segment de portière de la 4 glaces, puis le panneau de custode de la 6 glaces avec la partie arrière de sa vitre. Au final, on obtient une berline deux portes façon Ford A et 32 Tudor Sedan : « Quand j’ai attaqué, ça m’était égal de ne pas partir sur une Ford, mais si je recommençais aujourd’hui, je préférerais tout de même en avoir une, » explique Gilles.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-10-sur rouesVoici donc sur roues une Citroën C4 fantôme deux portes 4 glaces, sans top-chop. Est-ce que vous réalisez que tous ces bouts de ferraille d’époque ont 80 ans ? Si Gilles n’était pas passé par là, ils seraient probablement aujourd’hui à la presse.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-11-top chop-repereC’est une fois la carrosserie reconstituée et fermement ancrée sur son chassis qu’on peut passer au top-chop. Loin d’être radical comme c’est la mode actuellement, le rabaissement du toit ne fait que 8 cm.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-12-top chop-en coursCela ressemble à un phaéton bien proportionné, mais c’est une berline deux portes en cours de choppage… Remarquez les tubes carrés soudés servant à maintenir la carrosserie en forme pendant la découpe et le soudage. Ils sont aussi temporaires qu’indispensables. D’autres tubes carrés, définitifs, ceux-là, vont remplacer les boiseries structurelles de la coque.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-13-top chop-finiAaahhh, ça va déjà beaucoup mieux… Ce top chop modéré permet de conserver à la C4 des proportions en rapport avec son approche générale eurolook.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-14-top chop-portesYapuka faire subir le même sort aux deux portières. Les vitrages seront refabriqués à la mesure chez Carglass, à Orange, en feuilleté pour le pare-brise et en Sécurit pour les glaces latérales. La casquette ne va pas non plus rester d’origine, puisqu’elle va perdre 1 cm en hauteur, voir son inclinaison modifiée, et être remontée de 1 cm.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-15-tableau de bordLa planche de bord est réalisée en polyester grâce à un surmoulage de la planche en tôle d’origine, mais légèrement inclinée et décalée vers l’arrière pour permettre l’incorporation de buses de dégivrage. Clin d’œil : l’insert central ovale en alu usiné a les mêmes cotes que celui d’origine, mais il abrite maintenant des instruments de Renault 18. L’accélérateur est une fabrication maison, la pédale de frein suspendue vient d’une Volvo et commande un servo de Mazda 929. La pédale de gauche est un frein de parking d’origine Mercedes. La colonne de Mazda équipée d’un volant « swap-meet » est reliée à une crémaillère de Renault 5, dont la largeur était idéale. Le levier de boite auto est d’origine Volvo 240, avec un pommeau fait maison.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-16-moteurLes échappements et le radiateur (fait sur mesures) sont installés, Gilles met en route le moteur. Le vrombissement du V8 est prometteur de belles virées. Le 265 ci extrait d’une Chevy Monza de 1976 est équipé de pistons de 283 coulissant dans des cylindres réalésés, mais dont la calotte montant plus haut est retravaillée pour ne pas entraver les mouvements des soupapes. Résultat : une cylindrée de 273 ci (4,5 litres), une puissance de 220 ch et un couple de 40 mkg, principalement en bas des tours. L’arbre à cames perfo (204/204), les soupapes Crane, l’équilibrage méticuleux de toutes les pièces mobiles (les bielles et les pistons au 10e de gramme près) le travail soigné des conduits d’admission et d’échappement (polissage et port-matching), la tubulure d’admission Edelbrock et le carbu 500 cfm de même marque, l’allumage Accel et les collecteurs Summit, permettent d’optimiser ce moteur à la cylindrée raisonnable qui prend les 8000 tours sans hésiter. La boîte est la TH-350 de la Monza donneuse, refaite et kitée pour des passages de rapports plus fermes. A l’arrière, un pont de Mazda 929 des années 80. Pourquoi ? Parce qu’il était là, qu’il est copié sur le Ford 8 pouces, et qu’il a la bonne largeur. Il possède un rapport de 3,70 à 1. Avec cette chaîne cinématique hybride, la voiture prend les 200 kmh sans broncher. La double ligne d’échappement tôle sans tubulure d’équilibrage est équipée de silencieux Flowmaster.

La voiture en cours de remontage. Elle se déplace maintenant par ses propres moyens. Les roues définitives sont ces Alessio en 6 et 7 pouces de large chaussées de pneus en 185/70×14 et 265/70×15 et percées au standard européen de 4×100. Elles donnent au rod un look particulier, hi-tech à l’européenne. Le top-chop donne l’impression que la C4 est bien plus longue qu’en réalité.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-18-aile arg.jpgLes quatre ailes et les marchepieds sont en polyester. Gilles a d’abord fabriqué ses ailes et ses marchepieds en tôle à partir des éléments d’origine modifiés, puis en a tiré un moule qui lui a permis de fabriquer les éléments définitifs. Il y a bien plus de modifs qu’il n’en paraît de prime abord. Ainsi les ailes arrière sont-elles rallongées vers l’arrière, recevant des bavettes intégrées à la façon des ailes de Ford A. Elles sont également élargies de 4 cm. Ce qu’on voit ici est le master de l’aile arrière, peint de la couleur définitive de la voiture pour être sûr du choix.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-19-ailes avLes ailes avant ont reçu leur lot de modifs. Elles sont rabaissées de 2 cm sur leur partie avant, élargies de 4 cm, et connectées à des marchepieds eux-mêmes élargis de 4 cm. Ici, on a à gauche le master, au milieu le moule, et à droite l’aile définitive en poly non peinte.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-20-montage-appretMontage à blanc de la voiture en apprêt. Moment d’émotion, moment de changer d’avis sur un détail ou deux et de faire les dernières modifs. Tout est bon ? On n’a plus qu’à tout démonter pour la mise en peinture définitive. Les phares et la barre de phares sont ceux d’origine, les optiques sont des H4 de VW Golf. Les pare-chocs d’époque ont un cintrage différent, leurs fixations sont simplifiées, et le cache-mains avant du chassis est une fabrication maison en poly.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-21-22-chassis peintLe montage final : « C’est un régal, comme un bon repas, déclare Gilles. Après chaque pièce remontée, je me lèche les doigts… » On retrouve la même qualité de finition et le même souci du détail d’un bout à l’autre de la voiture, même dans les endroits qui ne se voient pas une fois tout remonté. Notez le radiateur d’huile de boîte (un radiateur d’huile moteur de Golf GTI) positionné le long du longeron droit. La traverse supportant la boîte est démontable.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-23-pont arriereRemontage du pont Mazda. Il est suspendu par des ressorts hélicoïdaux qui remplacent les ressorts semi-elliptiques longitudinaux de la C4 et sont calées dans des coupelles mécano-soudées. Quatre tirants le maintiennent, et une barre Panhard en limite le débattement latéral. L’arbre de transmission a été fait sur mesures à la maison puis équilibré chez un spécialiste. Il passe au dessus des traverses inférieures qui jouent le rôle d’arceau de sécurité au cas (improbable) où il casserait. Les amortisseurs télescopiques avant et arrière QA1 américains pour rod sont réglables en compression et en détente. A l’arrière, ils possèdent deux points possibles d’ancrage supérieur et trois points d’ancrage inférieur.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-24-peintureGilles a fait appliquer par un ami la teinte orange des Citroën Saxo Bic. On distingue nettement ici certains détails tels que le Mastervac de Mazda plaqué sur la cloison pare-feu lisse, les barres horizontales soutenant le capot en trois parties avec le système d’ouverture, le filtre à air à deux entrées réalisé en tôle soudée, les barres de calandre légèrement cintrées vers le haut, le bouchon d’essence en alu tourné. L’intérieur va recevoir des banquettes avant et arrière de Seat Ibiza rétrécies mais dont les garnitures gris foncé resteront telles quelles, le reste de la sellerie étant fabriqué par Gilles avec des matériaux assortis.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-25-arriere peintVue arrière après peinture et pendant le remontage final. Le réservoir d’origine de la C4, placé sur la cloison pare-feu et fonctionnant par gravité, est remplacé par ce réservoir fabriqué en tôle à la mesure et époxyé intérieurement. Il est installé, comme sur les Ford 32, entre les deux cornes arrière du chassis. Il est recouvert d’un rolled pan en polyester pour lequel Gilles a fabriqué un master et un moule.

citroen-C4-gilles-carrié-rod-26-plongeeLa voiture finie est prête pour le contrôle technique. Ici on voit bien le toit ouvrant, inhabituel sur un rod. Sur toutes les berlines des années 20 et début années 30 (c’est même le cas sur les toutes premières Citroën Traction), il y a un grand trou dans le toit, car les presses de l’époque ne permettaient pas encore de réaliser de grands emboutis. Ce trou est garni de grillage à poules recouvert sur le dessus de molleton puis de simili, et masqué dans l’habitacle par le tissu du ciel de toit. Sur l’épave de la C4, tout avait disparu. Gilles a greffé sur la partie avant de la béance un toit ouvrant en verre de 205 et son entourage (« Les rainures de la 205 tombent pile dans les rainures de la C4 ! »), et comblé la partie arrière par un morceau de toit de Renault 25, qui possède la bonne courbure.
Au total, Gilles a passé 7 ans et 5000 heures à la construction de son rod. La voiture roule très bien, grâce à une répartition des poids (1300 kg) de 50 % sur l’avant et 50% sur l’arrière, une puissance moteur suffisante, un train avant bien étudié : « En montagne, je gratte les Audi TT… » déclare Gilles, qui espère bien continuer à profiter longtemps de son rod fait maison, au volant duquel il a déjà parcouru 30.000 km en quatre ans. Mais comme il ne sait pas rester inactif, il a commencé à rassembler les pièces pour les voitures qu’il construira pour ses enfants, eux aussi atteints par le virus du rodding : Noémie (20 ans) a choisi un Ford 33 hi-boy noir à flammes, et Arthur (16 ans) un 32 roadster pour lequel une chaîne cinématique complète de Monza a déjà été mise de côté. Après quoi, Gilles attaquera une copie de Cord 810 hi-boy équipée d’un pont Jaguar et d’un 350 alu. Insatiable, le garçon !

Remerciements : Gilles tient à remercier pour leur aide et leur soutien les rodders de sa région, en particulier Jean-François Gros, Franck Gauthier, Bicou, David Huguet et Yoan.

Une réponse à Le rod Citroën C4 de Gilles Carrié : construction

  1. Andre dit :

    Woaouh Gilles. Vraiment impressionnant.