Battlebirds : les T-Bird à Daytona, 1957 (+ vidéo)

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La 98 à moteur T-Bird sur la ligne de départ. Andy Hotton, après avoir mené pour le compte de Ford la campagne de Daytona, rachètera les voitures à l’usine et les fera courir avant de les vendre en 1958.

Après avoir timidement participé à la Daytona Speed Week de 1956, Ford attaque en force en 1957 avec deux T-Bird spécialement préparées. Baptisées Battlebirds, l’une possède un bloc Lincoln 7 litres et l’autre un Ford 5,1 litres à compresseur. (Texte Claude Lefebvre, photos FoMoCo, article paru dans Nitro 202 de février-mars 2003)

Lancée en 1955, la Ford Thunderbird définit un nouveau genre de véhicule, le « personal-car » : une voiture à deux places, aux lignes racées, à l’équipement luxueux, au moteur puissant. Mais elle est davantage destinée à partir en week-end avec madame ou à faire le beau en allant au golf, qu’à tirer des bourres à tous les feux rouges avec les hot rodders locaux en Ford 32 hi boy. Sans prétentions sportives, la T-Bird est pourtant immédiatement perçue par le public comme une rivale de la Corvette. Sortie un an plus tôt, celle-ci vient tout juste de recevoir le nouveau V8 Chevrolet, qui en fait une vraie voiture de sport. Des compétiteurs privés alignent en course des T-Bird et des Corvette, les choses tournant la plupart du temps à l’avantage de ces dernières.

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Les deux Battlebirds dans les paddocks (si l’on peut dire) avant la course. On remarque les roues Halibrand garnies de gros pneus, les échappements dans les bas de caisse, le saute-vent, l’arceau de sécurité, l’absence de pare-chocs arrière.

TRÈS SPÉCIALES

Ford doit réagir. Après avoir tâté le terrain lors de la Daytona Speed Week de février 1956, la marque de Dearborn décide de faire fort pour la saison suivante. Elle expédie en Floride, début 1957, quatre T-Bird, dont deux particulièrement préparées. Baptisées Battlebirds (oiseaux de combat), ces deux voitures ont pour tâche de redorer le blason de la FoMoCo face aux Corvette et à la concurrence européenne. Ford attaque sur deux fronts : la course sur circuit de New Smyrna, et les épreuves du mile lancé organisées par la Nascar sur la plage de Daytona.

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Sur la Battlebird 99, on note l’allègement des renforts de coffre et de capot, le carénage d’arceau (absent sur la 98 de la photo précédente car il faut l’ôter pour ouvrir le coffre), les louvers latéraux derrière lesquels est situé le radiateur d’huile.

Les deux voitures voient le jour sous la forme de T-Bird parfaitement de série, prélevées sur la chaîne de montage. Elles sont livrées à l’atelier DePaolo, à Long Beach (Californie). Là, les chassis sont soulagés de tout ce qui n’est pas absolument nécessaire. Ressoudés et renforcés, ils reçoivent des suspensions pneumatiques Air Lift complétant les ressorts d’origine, et deux amortisseurs par roue. Ford ne fabriquant pas de boîtes manuelles à 4 vitesses, on monte des boîtes Jaguar reliées à des ponts Halibrand Quick Change, lesquels permettent de modifier le rapport final par un simple et rapide changement du jeu de pignons. Les freins possèdent des tambours à ailettes et des garnitures semi-métalliques. Refroidis par des radiateurs Robbins, les moteurs sont reculés de 10 cm dans les chassis pour une meilleure position du centre de gravité, tandis que les roues en magnésium Halibrand reçoivent des pneus course Firestone Super Sport.

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L'enjeu de la bataille est symbolisé par cete photo d’une Battlebird coursée par une Corvette hard top. Les deux voitures se disputent à Daytona le titre de seule vraie sportive américaine. Mais en 1958, la Thunderbird devient un modèle à quatre places, puis Ford abandonne la compétition : la Corvette reste seule en lice.

Après cela, les carrosseries suivent une cure d’allègement grâce à l’utilisation intensive de panneaux d’aluminium. Des appuie-tête profilés sont installés, ainsi que de petits saute-vents en remplacement des pare-brise. Ajoutez à cela les louvers latéraux et les pare-chocs minimaux en tube chromé, et vous conviendrez que le look des Battlebirds annonce la couleur. Confirmation sous le capot avec de vrais moteurs d’homme. L’une des Battlebirds reçoit un bloc Ford de 312 ci (5,1 litres) équipé d’une injection Hilborn et d’un compresseur centrifuge McCulloch : un atout incontestable pour le nombre de chevaux, un peu moins pour la fiabilité. L’autre voiture adopte un moteur Lincoln de 368 ci (6 litres) réalésé à 430 ci (7 litres). Tournant lentement, doté d’un couple camionnesque, le V8 Lincoln bénéficie de l’expérience acquise par Bill Stroppe à la Carrera Panamericana les années précédentes. Ainsi équipées et allégées, les deux Battlebirds bénéficient d’un rapport poids-puissance très compétitif par rapport à leurs rivales.

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Face à cette meute de Corvette, Ferrari et Lotus, Marvin Panch est tout sauf ridicule : il se classe second juste derrière la Ferrari de... Carroll Shelby (ici au deuxième plan) ! Au volant de la voiture à moteur Lincoln, Curtis Turner doit abandonner pour cause de surchauffe.

MOTEUR, ACTION !

Après tant d’intensité dans la préparation des voitures, le déroulement des évènements apparaît presque anodin, avec 45 années de recul. Et pourtant… La course de New Smyrna a lieu sur un circuit aménagé sur les emprises d’un aérodrome désaffecté, non loin de Daytona. Les deux Battlebirds sont aux prises avec une escadrille de Corvette, Ferrari, Jaguar, Lotus. Lors de l’épreuve, Curtis Turner, pilote de stock-car et livreur de whisky clandestin, remodèle de façon agressive quelques tôleries italiennes, manquant de se faire disqualifier. Mais sa voiture surchauffe et il doit abandonner. Au volant de la T-Bird à moteur Lincoln, Marvin Panch arrive second derrière la Ferrari 4,9 l que pilote Carroll Shelby.

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La piste de New Smyrna est très rudimentaire, sans aucune protection pour les spectateurs, comme on le voit dans cette ligne droite où les voitures atteignent tout de même des vitesses respectables. Il en est de même sur la plage de Daytona.

Quelques jours plus tard, lors de la Daytona Speed Week, c’est le pilote Chuck Daigh, alors responsable d’atelier du département racing de Ford, qui bat le record mondial du mile lancé. Il atteint les 161 mph (259 kmh) de moyenne sur un aller-retour avec la Battlebird à moteur Lincoln. L’autre voiture est chronométrée à plus de 322 kmh au passage aller, mais casse son moteur sur le passage retour.

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Peu de temps après la course de New Smyrna, les Battlebirds participent aux épreuves de vitesse de la Daytona Speed Week. Sur l’étendue lisse de la plage, le pilote Danny Barnes parcourt le mile départ arrêté aux vitesses de 97,33 et 98,065 mph (156,6 et 157,79 kmh). Sa voiture est équipée d’un V8 Lincoln 7 litres.

RÉSULTATS MITIGÉS

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Les deux Battlebirds sont accompagnées à Daytona de deux autres T-Bird beaucoup plus proches de la série.

Les T-Bird n’ont pas tout gagné, mais elles ont montré qu’il fallait compter avec elles. Les choses semblent prometteuses, mais malheureusement, au milieu de l’année 1957, en accord avec ses concurrents qui font de même, Ford décide d’abandonner totalement la compétition. Les programmes sont supprimés, les crédits sont coupés. Les Battlebirds pratiquement neuves sont vendues pour quelques milliers de dollars à Andy Hotton, accompagnées d’un lot de pièces et d’outillage. Hotton engage les Battlebirds en course pendant les deux saisons SCCA de 1957 et 58. Elles glanent quelques victoires, la plus notable étant celle de Ralph Durbin aux Road America 500 de Elkhart Lake, devant une meute de Corvette énervées assistées en sous-main par l’usine Chevrolet. Mais sans le soutien de Ford, Hotton ne peut pas lutter longtemps, et il vend les deux voitures à la fin de la saison 1958.

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Le moteur de la Battlebird de Chuck Daigh est un Thunderbird de 312 ci injecté. Le compresseur a été démonté au cours des opérations. Comme pour l’autre Battlebird, la boîte de vitesses est d’origine Jaguar.

Les deux Battlebirds représentent  une page glorieuse de aventures sportives de Ford durant les années 50. La Battlebird numéro 99, selon la rumeur, aurait été détruite dans une cascade au cours du tournage d’un film. La 98, celle qui est équipée du V8 Ford injecté, est aujourd’hui entre les mains du collectionneur Bo Cheadle, qui l’a entièrement fait restaurer par Gil Baumgartner, comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous.

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